Saint-Exupéry, cet homme impossible

Une grande biographie vaut bien des romans. C’est ce que je me suis dit en refermant celle que Stacy Schiff, Prix Pulitzer en 2000 pour Vera (Mme Vladimir Nabokov), avait publiée en 1994 en France sous son nom de mariage, Stacy De La Bruyère: Saint-Exupéry, une vie à contre-courant. Un livre que je n’ai découvert que récemment. Un livre éblouissant.

Ayant eu l’idée de faire se rencontrer l’auteur de Terre des hommes et le héros de mon roman La légende de Little Eagle, j’avais lu ou relu plusieurs ouvrages de Saint-Ex, ainsi que de nombreux éléments de documentation à son sujet. Pour éprouver ensuite comme un malaise face à l’impossibilité de saisir clairement sa personnalité. D’un côté, une certitude: Antoine de Saint-Exupéry était un homme impossible – souvent insupportable, incompréhensible, déconcertant –  dans tous les aspects de sa vie. Mais le présenter ainsi sommairement est injuste et insuffisant, car ce qui le définit le mieux est la complexité, une incroyable complexité humaine.

Un enfant puis un homme profondément marqués par les valeurs spirituelles d’un monde ancien qui échappe à son milieu aristocratique en voie d’extinction. Un refus de l’idée de modernité qui ne le retient pas d’apprendre à piloter et de tracer l’avenir de l’aviation, ni d’inventer des choses qui ne sont pas toutes loufoques, ni d’adorer les gadgets américains, mais l’incline à cultiver une notion de patrie qui repose sur l’héritage d’un « domaine », autant physique que spirituel, qui peut parfois exiger le sacrifice. Un culte de l’amitié qui ne l’empêche pas de tyranniser ses amis. Un mépris de l’ordre et de la hiérarchie qui n’a d’égaux que son sens du devoir et son goût du sacrifice. Un courage physique phénoménal, découlant d’un mépris du danger autant que d’une distraction congénitale et d’un je-m’en-foutisme assumé. Une vision politique à contre-courant quand elle n’est pas à côté de la plaque, comme lorsqu’il explique à Denis de Rougement que le stalinisme et le féodalisme sont les deux seuls systèmes économiques viables. Le désastre comme dénominateur commun dans tous les aspects de sa vie amoureuse… mais on ne peut s’empêcher d’être ému en constatant l’attachement qu’il exprime, jusqu’au bout, envers sa fantasque épouse Consuelo (impossible, elle aussi), alors que leur relation a été marquée par tant de conflits et de rancoeurs réciproques. La fidélité dans l’infidélité.

Pour un biographe, un tel personnage représente à lui seul un véritable défi. Mais c’est sans compter les innombrables événements et interactions en tous genres, dans les domaines de la littérature, de l’aviation, de la politique, de l’Histoire qui ont contribué à façonner le Saint-Ex que nous connaissons.

Stacy Schiff De La Bruyère – dont cette biographie était le premier livre – trie, ordonne, met en scène et en perspective des myriades de faits, d’événements, de citations, d’extraits de livres et de correspondances tout au long de la vie de Saint-Exupéry, de son enfance à sa mort, avec une impeccable maestria. L’auteur est à l’évidence fascinée par son sujet, mais garde d’un bout à l’autre de son ouvrage la tête froide, sans jamais juger son personnage, ses idées ou ses actions, sa bravoure ou ses faiblesses. Chaque page est captivante, et Stacy Shiff impressionne par sa capacité à les enchaîner dans une construction parfaite, comme si elle avait elle-même été témoin de cette époque et proche de ses acteurs. Elle est une formidable raconteuse. Au final, le personnage d’Antoine de Saint-Exupéry nous apparaît limpide dans son incontournable complexité, et reprend sa stature de légende, qui s’était peut-être un peu estompée avec le temps. Il nous apparaît toujours « impossible ». Mais on le trouve surtout extraordinaire. Vraiment.

L’insertion d’un personnage réel et célèbre dans une oeuvre de fiction peut être un postulat audacieux, mais après avoir lu Une vie à contre-courant, je me suis convaincu que celui qui était en 1944 le doyen des pilotes de guerre aurait pu avoir l’attitude qu’il démontre envers le cadet de sa corporation dans mon récit. Peut-être aurait-il pensé, dans un tel cas de figure, que de l’adolescent américain qu’il avait devant lui émanait quelque chose du Petit  Prince. Johnny Garreau/Little Eagle, après tout, était venu d’une planète lointaine, le  Montana. « Pour nous rendre notre maison », manifestant ainsi dans son engagement face aux aviateurs allemands un sens du courage, du devoir et du sacrifice qui avaient toujours représenté pour Tonio des valeurs suprêmes.

Image: lalyreduquebec.com

Donc, le 21 juillet 1944 – dix jours avant la disparition de Saint-Ex – les deux hommes se retrouvent à table au restaurant Les Sablettes, à Miomo, en Corse. Et ils ont une discussion poignante au sujet de la « vraie fausse mort » du Petit Prince, dont le mystère obsède et angoisse Johnny, en raison de la vision de la mort et de l’au-delà qu’ont les indiens Blackfeet, sa tribu. Voici ce qu’ils se sont dit.

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Aux Sablettes, l’évocation des œuvres de Saint-Exupéry déborda sur d’autres souvenirs de lecture. Johnny cita les livres d’Amelia Earhart et Anne Morrow Lindbergh. Saint-Ex n’avait lu les ouvrages d’aucune d’entre elles, mais bien les articles évoquant, juste avant la guerre, la disparition de la première dans sa tentative de tour du monde. « Et j’ai rencontré Anne Lindbergh et son mari », précisa-t-il non sans impressionner Johnny, raconte Holding dans son journal. Et il note quelque chose qui l’a frappé :

Weinfeld (et moi aussi !) très surpris de voir J. et SE se découvrir un amour commun pour Jules Verne et les contes d’Andersen, qu’ils avaient dévorés tous deux dans leur enfance. Et plus encore d’entendre Johnny confesser:

– J’ai relu certains des contes d’Andersen plusieurs fois. Surtout La Reine des neiges. Et j’y suis revenu l’année dernière, après avoir découvert Le Petit Prince. Vous savez, je ne suis pas un spécialiste, s’enhardit-il en exprimant pour la première fois ce qu’il ressentait, et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai trouvé ces deux contes très proches l’un de l’autre en ce qui concerne… comment dire… la limpidité de leur écriture, oui, et par le fait qu’ils semblent aborder des questions semblables. A la fin de La Reine des neiges, par exemple, quand Andersen écrit au sujet de ces « fragments de glace d’un puzzle enchanté  qui …
– … composent le mot Eternité, qui avec Amour donne la clé du monde », termina un Saint-Ex ravi par la tournure prise par la discussion. Je comprends ce que vous voulez dire, Johnny: cette phrase est très proche de celle du renard sur l’amour dans Le Petit Prince. « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » C’est là une autre manière de décrire la clé du monde. Vous savez, il se trouve que j’avais relu Andersen lors d’un séjour à l’hôpital, il y a trois ans à Los Angeles. J’ai écrit le Petit Prince l’année suivante, et il est possible qu’il ait été influencé par ses œuvres…

Johnny posa aussi, de manière inévitable, les questions qui firent par la suite l’objet de mille exégèses de la part des critiques littéraires et des chercheurs.

– Qui est le Petit Prince ? Qui est la rose ?

– Le Petit Prince, c’est moi… Ou mon jeune frère François, que j’ai vu mourir lorsque j’avais dix-sept ans. Ou peut-être le fils que j’aurais aimé avoir… Un fils comme vous… Je sais aujourd’hui que je n’en aurai jamais. Peut-être un mélange des trois…

Un sentiment d’incompréhension envahit à coup sûr le jeune Indien. Comment un homme mûr, un grand écrivain, un pilote totalisant six mille cinq cents heures de vol, pouvait-il s’incarner lui-même sous les traits d’un enfant ? Mais les traits seulement ! Car, réalisa soudain Johnny, son Petit Prince n’était pas un enfant. A bien le regarder et à l’écouter dans le conte, il n’a pas d’âge et il n’est pas infantile. Il a juste l’aspect d’un enfant. C’est – comprend Johnny d’une manière fulgurante – l’enfant qui subsiste en Saint-Exupéry, l’enfant qui ne l’a jamais quitté, une période de sa vie dont le souvenir et la nostalgie ont fini par le pousser à écrire un conte qui est par-dessus tout la quête d’une immense pureté.

– Et la rose ? Qui est la rose ? répéta Johnny.

– La rose, c’est Consuelo, ma femme. Je l’ai laissée à New York, qui est presque une autre planète…

Sa femme est en Amérique et il souffre de cette séparation, comprit Johnny, à qui revint soudain une phrase pleine de regrets du Petit Prince. Le Petit Prince parcourt l’univers dans l’espoir de se consoler d’un chagrin d’amour que lui a causé sa rose. Et les remords qu’il exprime à l’égard de celle-ci, que sont-ils d’autre que ceux d’un mari ayant quitté sa femme, se dit-il. « J’aurais dû la juger sur les actes et non sur les mots. Elle m’embaumait et m’éclairait. Je n’aurais jamais dû m’enfuir. J’aurais dû deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires ! Mais j’étais trop jeune pour savoir l’aimer. »

Comment Johnny aurait-il pu s’empêcher de rapprocher le contenu de ces lignes de sa propre séparation d’avec Muriel ? Je n’aurais jamais dû m’enfuir… Etais-je trop jeune pour savoir l’aimer ? Comme la rose du Petit Prince, elle est si fragile… Et elle n’a même pas quatre épines de rien du tout pour la protéger, aujourd’hui que cent V1 tombent chaque jour sur Londres et l’Angleterre…

Mais la question qui hantait Johnny Garreau depuis sa première lecture du conte était celle de la mort de son héros, prédite par lui-même en cette formulation si ambiguë: « J’aurai l’air d’être mort mais ce ne sera pas vrai… »

– Commandant…

– Tonio.

Comment Johnny pouvait-il s’adresser à une légende de l’aviation, un de ses héros, par son petit nom ? Il osa pourtant.

– Euh… Tonio… Pourquoi… pourquoi le Petit Prince meurt-il ? En fait, meurt-il vraiment ?

Johnny ne pouvait bien sûr pas deviner ce que Paul Webster, un des biographes de l’écrivain, dirait plus tard au sujet de cette « vraie fausse mort ». Antoine de Saint-Exupéry, rappelle-t-il,  avait écrit Le Petit Prince à New York quelques mois avant de réintégrer son unité en Afrique du nord. Il se sentait à ce moment-là déchiré entre ses obligations vis-à-vis de Consuelo, son envie de sauver son couple,  et son désir de retourner au combat, dans un esprit de sacrifice patriotique. Les lettres qu’il rédigea un peu plus tard trahissent sa fascination à l’égard d’une mort purificatrice, ainsi qu’un immense désir de renaissance spirituelle. Par la suite, poursuit Webster, la disparition du Petit Prince et la formule selon laquelle il « aura l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai » prendront des allures de prophétie, quand toutes les recherches pour retrouver le corps de Saint-Exupéry demeureront vaines.

– Tonio, insista un Johnny fébrile, le Petit Prince pleure, il a peur… Le serpent le mord…  En fait, le Petit Prince se laisse mordre par lui comme s’il voulait se suicider… Sa cheville est frappée par un éclair jaune… Il tombe doucement comme tombe un arbre… Il est mort ! Et son corps disparaît ! Comment être sûr qu’il est bien retourné sur sa planète, comme l’affirme le pilote, comment croire qu’il est en fait vivant et qu’il reviendra peut-être un jour ? A la fin de La Reine des Neiges, Guerda retrouve son ami Kay dans le palais des glaces. Elle le croit mort, le prend dans ses bras, et dans sa chaleur, la vie lui revient…

Saint-Exupéry rit doucement, gravement.

– Vous savez, Johnny, tous les contes ne se terminent pas bien ! Mais on ne peut pas dire que Le Petit Prince finit mal. En fait, le serpent lui a fait la promesse de l’aider à rejoindre sa planète. « Celui que je touche », dit-il au Petit Prince, « je le rends à la terre dont il est sorti. Mais tu es pur et tu viens d’une étoile », ajoute-il pour lui faire comprendre qu’il en ira différemment de lui. Et puis, le lecteur peut trouver un espoir dans les ultimes paroles du pilote : « Si alors un enfant vient à vous, s’il rit, s’il a des cheveux d’or, s’il ne répond pas quand on l’interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors, écrivez-moi vite qu’il est revenu… » Donc s’il subsiste encore un doute dans votre esprit, tournez-vous vers le serpent : il parle toujours par énigmes, mais il les résout toutes !

Tous les convives rirent de bon cœur de cette pirouette. Car c’en était une de la part de Tonio. Mais le serpent ne résoudrait pas l’énigme de sa mort prochaine, qu’il pressentait, qu’il attendait, comme en fut convaincu Johnny après coup. Et Johnny continuait de buter sur un doute qui le rongeait.

Les inquiétudes de John Philip Garreau sur le sort du Petit Prince, attestées par Helen et par Holding, traduisaient-elles une angoisse de la mort dont il ne laissait pourtant rien paraître ? Je le crois. Il était si jeune et il vivait si dangereusement, alors qu’il attendait tant de la vie ! Comme beaucoup d’entre nous sans doute, l’idée de ne plus vivre l’horrifiait plus que la mort elle-même.

Pour autant que je puisse en juger sur la base de ce que m’avait raconté Helen Wilson, il n’était pas un être religieux au sens courant du terme. Ses parents lui avaient transmis leur éducation catholique mais ils n’avaient eux-mêmes jamais été des rats d’église. Leur christianisme était tempéré par un reste de la spiritualité véhiculée par la vieille culture Blackfoot, avec ses multiples figures humaines et animales dotées de toutes sortes de pouvoirs, ses croyances et ses superstitions.

Et cette forme de spiritualité magique était souvent présente dans les histoires et les légendes que Rose Fawn Woman, sa grand-mère, avait racontées à Little Eagle dès sa plus tendre enfance. Il me semble qu’elle était propre à nourrir une approche libre et flexible, non contraignante, des choses de la foi. Mais contrairement à Saint-Exupéry, que son expérience personnelle et sa pratique de la philosophie avaient amené à tourner  résolument le dos à Dieu et à la religion, il est possible que Johnny, de par sa confrontation permanente avec la mort en tant que pilote, et pour la première fois de sa vie, ait cherché à se rassurer en voulant croire à la résurrection telle que nous la présente la bible. Car il était lucide : même s’il en refusait l’idée de toutes ses forces, il savait bien qu’il pouvait mourir, à chaque fois qu’il partait en mission.

En fin d’après-midi, alors que la terrasse des Sablettes commençait à se nimber d’ombre, les convives prirent congé, tous un peu émus, sans doute, par ce qui avait été dit autour de la table.

– Au revoir Johnny, dit Saint-Ex. Vous rencontrer a vraiment été pour moi un plaisir et un honneur. J’espère que nous nous reverrons un de ces jours.

– Moi aussi. Take care, Tonio.

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Bon anniversaire, Chuck Yeager !

Cher Chuck Yeager,

Pour respecter l’étiquette, je devrais sans doute m’adresser à vous en utilisant votre grade et en disant: Cher General.

Mais vous m’êtes familier. Vous m’avez accompagné depuis qu’un ami m’avait prêté votre autobiographie, voici plus de vingt ans. Puis était venu le film de Philip Kaufman, « L’Etoffe des héros », inspiré du formidable livre éponyme de Tom Wolf, sur les origines de la conquête spatiale américaine. Dont vous aviez donné le coup d’envoi en devenant, le 14 octobre 1947, le premier homme à franchir le mur du son à bord d’un drôle de cigare, le Bell X-1.

Certains contrediront peut-être cette affirmation, mais vous êtes pour moi le plus grand pilote de l’histoire de l’aviation. Vous avez 89 ans aujourd’hui, et il y a environ trois ans, vous avez une nouvelle fois fait « bang » dans un meeting aux Etats-Unis à bord d’un F-16. Le vol était en doubles commandes, mais je n’ai aucun doute que c’était bien vous qui étiez aux manettes pour amener l’oiseau à Mach 1. Toujours « The Right Stuff ! »

Vous êtes né Charles Elwood Yeager le 13 février 1923 dans la petite ville de Hamlin, en Virginie occidentale. Dans votre autobiographie, vous racontez votre enfance et votre jeunesse là-bas, et votre témoignage me touche et me parle. Les hasards du reportage m’ont emmené un jour dans ce coin des Appalaches. La vie y semblait âpre, et je pense qu’elle l’est encore aujourd’hui. C’est une région pauvre, que vous avez connue frappée par la crise des années 30. Encore gamin, vous preniez votre carabine pour chasser des lapins et des écureuils qui permettaient d’apporter un peu de protéines sur la table familiale.

Adolescent, vous aidiez votre père, qui réparait des pompes sur un site d’exploitation gazière, et c’est ainsi que vous vous êtes familiarisé avec la mécanique, votre « point d’entrée » dans l’aviation. Car voler était votre souhait, votre désir, votre obsession. Mais pour un « Hillbilly » tel que vous, privé d’études, c’était presque un rêve impossible.

Vous y êtes arrivé, et vous avez réussi au-delà de tout, pilotant tous les types d’avions imaginables durant des décennies. Car vous possédiez « the right stuff », un ensemble de qualités et de dispositions (courage, pugnacité, rigueur, sens de l’attaque et de l’esquive) qui forcent l’admiration. Vous aviez ce qu’il fallait pour faire face au danger et à toutes les situations qui vous attendaient. Mais ce n’était pas venu tout seul. Vous avez acquis tout cela durement. Et vous vous êtes engagé durant la guerre comme pilote de combat, vous retrouvant basé à Leiston, en Angleterre. Vous avez été abattu au-dessus de la France le 5 mars 1944, et avez pu vous réfugier en Espagne en traversant à pied les Pyrrénées. Vous avez ensuite repris le combat jusqu’au 15 janvier 1945, totalisant soixante et une missions et 12,5 victoires contre les appareils allemands. Contrairement à beaucoup de vos camarades, vous êtes rentrés vivant aux Etats-Unis. Vous avez eu de la chance. Et vous avez continué à en avoir dans vos nombreux exploits par la suite. « The right stuff » est quelque chose qui aide, mais je suis sûr que vous croyez aussi qu’il faut aussi qu’un peu de chance l’accompagne…

Vous m’avez accompagné sans le savoir ces trois dernières années, alors que j’écrivais un roman sur la vie d’un très jeune pilote fictif, lui aussi obsédé par le vol et le ciel, qui venait également d’un lieu où parvenir à concrétiser son rêve d’aviateur était improbable: Browning, Montana. C’est La légende de Little Eagle.

Il se trouve que j’ai en partie « modelé » ce garçon, John Philip Garreau, surnommé Little Eagle en raison de l’exceptionnelle acuité visuelle qui vous relie entre la réalité et la fiction. Je lui ai attribué les qualités de pilote exceptionnelles qui étaient les vôtres à bord de votre Mustang P-51, ainsi que l’état d’esprit qui vous habitait et que vous avez résumé dans plusieurs passages de votre autobiographie. Comme celui-ci, révélateur de votre attitude dans le combat aérien:

« C’est presque impossible de décrire ce sentiment. C’est comme si vous ne faisiez qu’un avec ce Mustang, comme si vous étiez une extension de la manette des gaz. (…) Vous étiez tellement lié à cet engin que vous le poussiez aux limites de ses possibilités. (…) Vous sentiez ce moteur vibrer dans toute votre ossature (…), les gaz ouverts à fond, acquérant sa meilleure performance de maneuvrabilité. (…) Vous obteniez tout cela grâce à une manière instinctive de voler : vous connaissiez votre cheval. (…) En combattant là-haut, vous vous connectiez à vous-même. (…) Avec de l’expérience, vous saviez avant de descendre un ennemi exactement quand vous alliez le faire. Une fois que vous l’aviez placé dans votre viseur, vous commenciez à déjouer ses plans tout en vous en rapprochant, vous deveniez un chat pourchassant sa souris. Vous l’attaquiez, et c’était sans issue : vous saviez tous deux qu’il était fini. (…) Quand son avion explosait, c’était un beau spectacle. Il n’y avait aucune joie à avoir tué quelqu’un, mais une vraie satisfaction à l’idée d’avoir été meilleur que l’autre gars et d’avoir détruit sa machine. (…) L’excitation du combat aérien n’a jamais diminué en moi. Pour moi, le combat reste l’ultime expérience du vol. »

Mais au-delà des poussées d’adrénaline, vous étiez lucide. Au sujet de votre formation finale sur la base de Tonopah, dans le Nevada, vous avez écrit: « La mort était notre nouveau métier. Nous nous entraînions à devenir des tueurs professionnels. » C’était la guerre. En vol, en combat, face à l’adversaire, c’était toujours « lui ou moi ».

Vous êtes un héros, vous avez été un pilote exceptionnel, mais vous avez – et êtes encore, j’en suis sûr –  un homme qui aime la vie, les randonnées dans la nature, la pêche et la chasse. Une récente visite de votre site m’a ainsi appris que vous étiez, en novembre denier, en Namibie pour un safari.

En ce jour anniversaire, je me devais de vous transmettre mes meilleurs voeux et vous dire: « Keep going, Chuck ! » Euh… General, pardon.

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Interview de Mark Coker, CEO de Smashwords

 

English version (Google Translate) here.

Smashwords est une plateforme américaine d’autopublication numérique qui vend elle-même les productions des auteurs et des éditeurs qui l’utilisent et les distribue aux principaux détaillants, les sites de librairies électroniques tels que l’iBookstore d’Apple, Barnes and Noble, Kobo, Diesel, Sony ou FNAC. Dans l’interview qu’il m’a accordée, son fondateur et CEO, Mark Coker, évoque les nombreux enjeux de la révolution digitale en cours. Une révolution déjà tangible aux Etats-Unis, mais qui va – selon lui – se traduire également par une explosion de livres autopubliés en Europe.

Votre article intitulé Smashwords 2011 Year in Review  montre un graphique spectaculaire. 34 000 auteurs et petits éditeurs dans votre catalogue, contre 12 000 un an auparavant, 92 000 titres publiés pour 29 000 en 2010. Quelles sont vos attentes pour 2012 ?

Bien que nous soyons dans ce business depuis quatre ans, j’ai toujours l’impression que nous n’en sommes qu’au début. Je suis optimiste pour 2012. Je pense que nous verrons une augmentation du nombrre des auteurs, des éditeurs et des livres que nous publions et distribuons d’au moins 50 %, et probablement davantage.

Y a-t-il une limite à l’expansion de l’autopublication ?

C’est peu probable. L’autopublication représente l’expression de la créativité humaine et la réalisation du désir des auteurs de partager leurs écrits avec le monde. Ecrire est une des formes les plus profondes de l’expression humaine. On verra des auteurs publier leurs oeuvres aussi longtemps qu’il y aura des gens sur la terre. Cependant, si l’autopublication continuera d’augmenter, le nombre d’auteurs et de titres émergeant de cette manière va s’atténuer en pourcentage à long terme.

Quelles comparaisons faites-vous entre les développements de l’autopublication aux Etats-Unis et en Europe ?

Je pense qu’il y aura une explosion de livres autopubliés du côté des écrivains européens, et je suis très excité par cette perspective. L’Europe est le lieu de naissance de l’édition moderne, et il y a dans ce continent un héritage littéraire et culturel incroyablement important à exploiter.

Je pense que dans le passé, les écrivains européens et leurs lecteurs ont souffert d’inefficacités structurelles du secteur de l’édition traditionnelle. Les marchés du livre européens sont extrêmement fragmentés en raison des nombreuses langues qui y sont parlées, et bien que le marché européen dans son ensemble soit très grand, il est composé de nombreux petits marchés qui sont verrouillés par la langue. Et parce que chacun de ces  marchés, pris individuellement, est si étroit, les auteurs dans ces marchés avaient davantage de difficultés à obtenir une publication de leurs oeuvres dans le modèle traditionnel. Si les éditeurs ne croyaient pas qu’un livre puisse devenir un grand succès  commercial, ils se montraient réticents à le publier. S’ils n’estimaient pas que ce livre avait une bonne chance d’être traduit en d’autres langues et de bien se vendre sur d’autres marchés, ils se montraient là aussi réticents à tenter l’aventure.

Même pour les éditeurs qui le faisaient, il était difficile d’obtenir une grande économie d’échelle dans leurs tirages, chaque marché individuel étant si restreint. Cela augmentait le prix des livres pour les consommateurs. Chaque fois que vous augmentez le prix d’un produit de consommation, le consommateur achète moins. Et une consommation de livres en baisse ne profite ni aux lecteurs, ni aux auteurs, ni aux éditeurs !

L’édition traditionnelle est très coûteuse. C’est un secteur qui trouve sa rémunération dans les grands tirages, qui permettent de rendre le prix de l’unité (du livre) suffisamment bas pour le rendre accessible au consommateur tout en étant profitable pour l’éditeur. Grâce à l’autopublication, les livres peuvent être produits, distribués et vendus à un coût bien inférieur.

Chez Smashwords, nous offrons la possibilité à n’importe quel auteur d’autopublier instantanément un livre numérique et de le rendre immédiatement disponible à l’achat dans le monde entier. Et c’est gratuit ! Auteurs et éditeurs ont la possibilité d’atteindre des lecteurs dans leurs langues à travers le monde.

Ici, aux Etats-Unis, nous avons un marché très grand et relativement homogène qui se trouve unifié par la langue anglaise. Et parce que ce marché est très grand, les tirages importants et la distribution si efficace, les éditeurs traditionnels peuvent prendre davantage de risques en publiant plus d’auteurs et en produisant plus de livres économiquement accessibles. Cela aide aussi que les livres en langue anglaise soient facilement exportables dans d’autres pays anglophones tels que le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie ou encore l’Inde.

Pourtant, en dépit de l’efficacité du marché de l’édition américaine, ce système ne peut pas satisfaire la grande majorité des écrivains américains. Les éditeurs sont incapables de prendre un risque sur chaque auteur et chaque livre. Le résultat est que ces éditeurs rejettent la grande majorité des livres qui leur sont soumis. J’ai créé Smashwords afin de pouvoir prendre un risque sur chaque auteur.

Grâce à l’autopublication, les lecteurs ont accès à davantage de livres, des livres qui n’auraient pas pu être publiés auparavant. Comment pourriez-vous décrire cette nouvelle catégorie de lecteurs adeptes des liseuses numériques ? Lisent-ils ou liront-ils davantage ?

De nombreuses données indiquent que les lecteurs d’Ebooks achètent et lisent davantage de livres dématérialisés que de livres imprimés. Ceci fait partie d’une tendance plus large qu’ont les gens à lire de plus en plus en passant du papier aux écrans de toutes sortes, et cela conduira à une renaissance de l’édition dont bénéficieront aussi  bien les lecteurs que les auteurs et les éditeurs.

Cette transition vers la lecture sur écran signifiera que plus de livres seront achetés et lus que jamais auparavant, car le numérique rend les livres meilleur marché, plus accessibles et plus facilement disponibles pour bien plus de lecteurs que jamais auparavant. Pour beaucoup de consommateurs, lire sur un écran est une expérience plus satisfaisante que lire sur du papier. D’un clic, ils peuvent par exemple augmenter la taille des caractères sur leur appareil, ce qui est très confortable pour l’oeil.

La raison pour laquelle les caractères typographiques d’un livre sont plutôt petits ne réside pas dans le fait que c’est la taille optimale pour l’oeil. Cela relève uniquement d’un facteur économique. Les éditeurs ne peuvent tout simplement pas produire, imprimer, distribuer et vendre des livres totalisant 1000 ou 1200 pages.

Est-il juste de dire que les éditeurs traditionnels perdent une vente à chaque fois qu’un Ebook est acheté sur une plateforme numérique comme Smashwords ?

Dans certains cas, oui, mais on ne peut pas généraliser. Les livres numériques font de la lecture un loisir plus accessible, meilleur marché, et plus plaisant pour les lecteurs. Je pense que les Ebooks vont augmenter la taille du marché général du livre. Je pense également que la part des Ebooks, en pourcentage de l’ensemble du marché, va continuer à progresser. Et qu’une bonne partie de cette progression se fera au détriment de l’édition traditionnelle, des livres imprimés.

Aux Etats-Unis, selon les statistiques de l’Association américaine des éditeurs, les ventes d’Ebooks – en pourcentage de l’ensemble du marché du livre – ont été en peu de temps multipliées par 40. Voici les chiffres:

2011: 19 % (données de novembre 2011)

2010: 18,3 %

2009: 3 %

2008: 1 %

2007: 0,5 – 1 %

Les données ci-dessus sous-estiment en fait la véritable croissance qu’ont connue beaucoup d’éditeurs. Plusieurs maisons d’édition américaine ont fait en 2011 plus de 30 % de leur chiffre d’affaires avec des Ebooks. La plupart des auteurs qui se sont lancés dans l’autopublication vendent déjà des douzaines de livres en format numérique pour chaque exemplaire qu’ils écoulent sous la forme imprimée dans l’édition traditionnelle, et beaucoup d’écrivains choisissent la voie de l’indépendance, tournant complètement le dos à l’édition traditionnelle.

Toujours aux Etats-Unis, j’estime que la consommation d’Ebooks, y compris celle de livres gratuits, pourrait dépasser (en nombre de copies vendues) 50 % du marché d’ici janvier 2013, bien qu’en termes de chiffre d’affaires, les ventes de livres numériques ne vont probablement pas dépasser celles des livres imprimés avant 2014 au plus tôt. La question de savoir quand cela arrivera a finalement peu d’importance. Ce qui est important, c’est que les auteurs et les éditeurs réalisent et acceptent que cela va se produire dans un avenir pas très lointain.

Je pense que les données mentionnées plus haut sont très excitantes pour les auteurs et éditeurs européens. Le marché européen a quelques années de retard par rapport au marché américain en termes d’adoption du livre numérique. Mais cette  situation change rapidement alors que les Ebooks deviennent toujours plus accessibles dans davantage de pays, alors que les outils de lecture prolifèrent, et que les détaillants offrant des Ebooks rendent ce genre de support plus facile à acquérir pour les lecteurs. De plus, le prix moyen des livres numériques décline, et les éditeurs en publient toujours davantage dans les langues européennes. L’Europe va connaître maintenant la même croissance exponentielle que celle que l’on a vue aux Etats-Unis.

Dans votre rapport pour l’année 2011 sur Smashwords, vous dites que « la plupart des grands éditeurs ont pris des mesures contreproductives (face à l’émergence du numérique) pour leur autopréservation. Qu’est-ce que cela signifie ?

Oui, voici quelques exemples:

– Les grandes maisons d’édition américaines fixent pour leurs publications d’Ebooks des prix trop élevés par peur que les livres numériques ne canibalisent leurs ventes de livres imprimés, et par crainte que des prix bas ne « dévaluent » les livres dans l’esprit des consommateurs.

– Les grands éditeurs placent dans leurs Ebooks des DRM (digital rights management), qui sont des logiciels destinés à lutter contre le piratage. Les DRM rendent ces livres moins accessibles, moins agréables et moins pratiques pour les consommateurs parce qu’ils limitent les possibilités de transfert via leur lecteur numérique. Les DRM augmentent également le prix des livres parce que les éditeurs (ou les détaillants) doivent payer aux fournisseurs des droits pour l’utilisation de cette technologie. Les DRM complexifient aussi de manière inutile les livres numériques, ce qui par voie de conséquence en limite l’usage et augmente le prix du service des détaillants à la clientèle – ce qui réduit la marge bénéficiaire du détaillant, ou accroît le prix payé par le consommateur. En insistant sur l’intégration des DRM dans leurs Ebooks, les éditeurs sont contraints de limiter leur distribution, ce qui leur cause du tort à eux, ainsi qu’aux auteurs et aux lecteurs. Smashwords ne vend et ne distribue que des Ebooks sans DRM. Cela signifie que les grands éditeurs ne peuvent pas vendre leurs livres dans le Smashwords.com store, ni accéder à notre réseau de distribution, qui s’élargit constamment.

– Les grands éditeurs traditionnels continuent de distribuer leurs Ebooks selon le vieux modèle du livre imprimé, dans lequel les droits sont vendus par pays. Avec  ce modèle, des livres sont indisponibles dans de nombreux endroits. J’étais en Australie l’année dernière, et j’ai appris que des auteurs australiens, dont les livres pouvaient être achetés en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, se plaignaient qu’ils ne puissent pas l’être dans leur pays.

– Les grands éditeurs paient leurs auteurs seulement 25 % du montant hors taxe de leurs ventes d’Ebooks, ce qui revient à quelque chose compris entre 12,5 % et 17,5 % sur le prix de vente au détail. Smashwords paie aux auteurs 85 % de ce dernier prix.

On peut comprendre jusqu’à un certain point l’attitude de ces éditeurs, mais quels choix ont-ils et quelles mesures doivent-ils prendre pour survivre face à la montée du numérique ?

Les éditeurs traditionnels se trouvent dans une situation difficile. Ils tentent de maintenir leurs ventes et leurs bénéfices, mais leurs clients s’attendent à ce que les Ebooks soient bien meilleur marché que les livres imprimés. Chez Smashwords, le prix moyen des livres numériques a chuté de 4$95 il y a deux ans à 2$95 aujourd’hui. Telle est la tendance. Le prix des Ebooks publiés par les éditeurs traditionnels va chuter parce que c’est ce que veulent les consommateurs.

Avec l’offre de livres numériques qui augmente, cela va créer une surabondance. Auteurs et éditeurs vont se livrer à une concurrence sur les prix. C’est un classique de la loi de l’offre et de la demande dans l’économie. La solution,  pour les éditeurs, représente un vrai défi: ils doivent réduire drastiquement leurs structures de coûts de manière à pouvoir vendre des Ebooks à bas prix de manière profitable.

Il faut cependant rendre hommage aux éditeurs en soulignant que les meilleurs d’entre eux sélectionnent de bons livres et en fond de grands livres. Les consommateurs, les lecteurs, seront toujours d’accord de payer pour un livre de valeur, pour autant que son prix reste raisonnable.

Les éditeurs français, en particulier, manifestent une forte résistance à l’endroit de la montée en puissance du livre numérique. Ils ont même réussi à faire voter une loi leur permettant de fixer un « prix unique du livre numérique » que les détaillants doivent respecter. Peuvent-ils tenir longtemps cette position ? Et vous attendez-vous à des faillites, fusions et autres formes de consolidation dans l’industrie française de l’édition ?

Je ne suis pas un expert de l’industrie française de l’édition, mais je sais qu’à chaque fois qu’un secteur économique doit faire face à une rupture de son modèle d’affaires en raison de l’apparition d’une nouvelle technologie, une consolidation est souvent la conséquence de cette nouvelle situation lorsque les acteurs faibles de ce secteur sont menacés, ou éliminés. Les éditeurs américains ont subi une sérieuse consolidation dans les années 80 et 90, et je pense qu’une nouvelle vague est probable ces prochaines années pour ceux qui ont des difficultés à réussir leur transition dans le monde digital.

Je pense vraiment que les éditeurs et les auteurs qui s’autopublient doivent avoir la liberté de déterminer le prix de leurs produits. Dans un écosystème de marché libre, si l’éditeur ou l’auteur fixe un prix trop élevé, les consommateurs – qui ont un accès sans entrave au numérique –  migreront vers des choix plus favorables et les puniront en n’achetant pas leurs produits. Les gens lisent pour leur plaisir, pour se cultiver ou s’évader, et avec le numérique, il y a toujours des alternatives meilleur marché.

La plupart des gens pensent que le livre imprimé va survivre, mais personne ne sait dans quelle proportion par rapport au livre numérique. Votre prédiction ?

Ma prédiction est que, dans dix ans, les livres imprimés compteront pour moins de 10 % dans l’ensemble du marché du livre. En  tant que collectionneur de livres imprimés et d’amoureux de la chose imprimée, j’espère que les livres  ne disparaîtront jamais.

Vous dites que « le pouvoir de publier est en train de passer des éditeurs aux auteurs ». Une preuve spectaculaire en a été donnée il y a un an par Barry Eisler (un auteur de thrillers), qui a refusé une avance de 500 000 $ de son éditeur pour ses deux prochains livres et décidé de s’autopublier en numérique – en septembre dernier avec « The Detachment ». Ce genre de choses va-t-il se généraliser ?

Oui, je pense que nous verrons d’autres cas de ce genre. Des auteurs à succès comme Barry Eisler, qu’ils viennent de l’édition traditionnelle ou qu’ils choisissent l’autopublication, vont bénéficier de la liberté de décider ce qui leur convient. Barry Eisler, en tout cas, a obtenu des retombées financières bien supérieures à ce que son éditeur lui offrait en autopubliant son livre chez Amazon.

Je pense que les auteurs devraient choisir la formule qui marche le mieux pour eux. Amanda Hocking a vendu plus d’un million de livres en les autopubliant, et décidé ensuite de collaborer avec un grand éditeur pour ses prochains ouvrages.

Beaucoup d’auteurs autopubliés s’adressent dorénavant directement à leurs lecteurs et n’essaient même plus de trouver un éditeur traditionnel. Et vous avez aussi un nombre croissant d’auteurs publiés jusqu’ici de manière traditionnelle qui rencontrent un plus grand succès en tant qu’auteurs indépendants qu’auparavant. Certains de ces auteurs me disent qu’ils ne reviendront pas chez un grand éditeur, à moins que celui-ci ne leur offre  une très forte avance.

Cela va-t-il se produire partout ?

Oui, nous verrons davantage d’écrivains qui refuseront les offres d’éditeurs traditionnels s’ils estiment leurs offres insuffisantes.

Il est courant d’entendre dire des choses comme: « Si tout le monde peut publier un livre, qu’advient-il de la qualité ? »

Je pense que c’est une préoccupation infondée. Pendant des décennies, les éditeurs ont limité l’offre de livres. Ils ont refusé des manuscrits simplement parce qu’ils ne pensaient pas qu’ils avaient un potentiel commercial. Je pense que c’est là le plus grand péché. Les livres sont beaucoup plus importants pour la société, la culture et le futur de l’humanité que leur valeur mesurée en termes de ventes.

Chaque auteur mérite d’être publié. L’autopublication donne aux écrivains la liberté de publier ce qu’ils veulent, comme et quand ils le veulent, et offre  aux lecteurs la liberté de lire ce qu’ils veulent. Les lecteurs doivent décider quels livres méritent d’être lus. La vente de livres a toujours été le résultat d’un phénomène de bouche-à-oreilles. Si un livre touche l’âme ou le coeur d’un lecteur, s’il lui inspire beaucoup d’intérêt ou de passion, alors ce lecteur va « vendre » ce livre en en parlant à sa famille, à ses amis, etc. C’est ainsi que naissent les best sellers.

Mais c’est aussi la responsabilité de l’auteur que de faire honneur à ses lecteurs avec un livre de qualité, professionnel. Si le lecteur respecte ainsi ses lecteurs, ces derniers le lui rendront et l’aideront à atteindre son public. En revanche, si l’auteur est paresseux, s’il publie un livre mauvais et mal conçu, témoignant d’une pauvre écriture et d’une mise en forme éditoriale lacunaire, alors les lecteurs diront le mal qu’ils pensent de son livre ou l’ignoreront. La crème monte toujours au sommet. Les bons livres seront lus et discutés,  et les mauvais disparaîtront.

Qu’est-ce que les écrivains peuvent attendre et espérer dans un marché du livre digital qui semble croître à l’infini, et qui par conséquent rend la concurrence entre eux de plus en plus intense ?

Les écrivains devraient réaliser que les Ebooks sont immortels. A l’inverse des livres imprimés, qui vont être un jour épuisés, les Ebooks ne le seront jamais. Cela signifie que les écrivains ont le temps de faire grandir leur lectorat. Dans le monde ancien de l’édition, si un livre ne trouvait pas immédiatement son public et ne se vendait pas bien, il n’était pas réimprimé. Les auteurs d’Ebooks ne subissent plus les contraintes de ce compte à rebours mortel.

Les écrivains devraient se concentrer sur l’écriture du meilleur livre qu’ils sont capables de produire, s’assurer ensuite qu’il est édité d’une manière professionnelle, qu’il soit doté d’une couverture, ainsi que d’une description, de qualités professionnelles également. Si un livre mérite d’être lu, les lecteurs le trouveront.

The Smashwords Style Guide (comment formater et publier un Ebook), a été tratuit récemment en français et dans d’autres langues-. Quels sont les projets de Smashwords pour l’Europe et la France ?

Le marché européen est très important pour Smashwords. Nous publions déjà des milliers d’auteurs européens, et je veux porter leur nombre à ces centaines de milliers dans les années à venir. Le premier pas en vue d’atteindre cet objectif est de rendre plus facile, pour ces auteurs, la tâche de publier avec nous. Raison pour laquelle nous avons publié récemment des traductions du Smashwords Style Guide en français, en allemand, en espagnol, en italien et en néerlandais. Ce guide enseigne aux auteurs tout ce qu’ils ont besoin de savoir pour préparer et publier leur Ebook. Ces traductions sont disponibles gratuitement sur le site de Smashwords.

Parallèlement, notre Smashwords Book Marketing Guide, qui explique aux auteurs comment promouvoir leurs livres, a été traduit en italien et nous nous réjouissons de le traduire bientôt dans d’autres langues.

Depuis le premier jour, à Smashwords, nous avons eu une approche globale de l’autopublication, et aujourd’hui nous sommes probablement le plus grand distributeur mondial de livres publiés de manière indépendante. Je souhaite aider tous les auteurs européens à atteindre non seulement leur propre marché, mais encore le marché mondial.

Entrepreneur dans la Silicon Valley, Marc Coker est également, avec sa femme Lesleyann, l’auteur d’un roman sur les coulisses du monde des feuilletons américains, Boob Tube.

C’est parce qu’il n’avait pas trouvé d’éditeur après plusieurs années d’efforts qu’il a créé Smashwords en 2008. L’entreprise est profitable depuis 16 mois.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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